D’un côté, il y a les raccourcis scénaristiques.
Les raccourcis scénaristiques, c’est bien. Je n’ai pas besoin qu’on me donne les détails d’un long voyage, si l’action commence à l’arrivée. Une adolescence ne m’intéresse pas, si le sujet porte sur comment un adulte gère ses peurs enfantines. Le raccourci scénaristique peut aussi prendre la forme d’une coïncidence, ou d’une explication scientifique bouche trou. L’enjeu est ici de ne pas disperser l’attention du lecteur dans des narrations sans importance. L’histoire a parfois besoin qu’on passe vite sur certains détails, c’est une question de rythme.
D’un autre côté, il y a les facilités scénaristiques.
D’un premier abord, celles-ci ressemblent à des raccourcis. Un honnête passant sort un pistolet de sa poche et tire dans la foule. Le bonhomme n’a aucun passé criminel, il a juste pété un plomb. D’où sort-il son arme ? Il y a là une histoire à raconter, que je ne peux pas deviner en tant que lecteur. Et c’est important, parce que toute l’histoire va en dépendre. Ça laisse un trou narratif, ou une incohérence, et ça ce n’est pas bien. J’y vois une attitude laxiste de l’auteur, qui ne fait pas le nécessaire pour proposer une histoire complète.
Au chapitre des facilités scénaristiques, citons aussi le classique deus ex machina (résolution arbitraire d’un conflit par l’auteur), ou la ficelle de la prophétie (l’élu de la prophétie est placé sans effort au centre de l’histoire).
La prochaine fois, je vous parlerai du test de Bechdel, et de l’importance de la mixité dans les oeuvres de fiction.
Portrait d’un donateur : le père Chalande
Vieil homme à la barbe de paille, le père Chalande roule sa bosse en Haute Savoie. Précurseur d’une pratique qui a inspiré un autre personnage, il passe par la cheminer des maisons pour gâter les enfants à Noël. Ceux-ci le remercie en lui chantant une chanson :
Chalande est venu
Son chapeau pointu
Sa barbe de paille
Cassons les anailles (noisettes)
Mangeons du pain blanc
Jusqu’à Nouvel An.
Il monte dans sa chambre
Il trouve une orange
Il la pluche
Il la mange
On l’appelle le petit gourmand.
Il descend les escaliers
Il se casse le bout du nez
Il va chez le cordonnier
Se faire mettre une pièce au nez
Quand il est malade
Il mange de la salade
Quand il est guéri
Il mange des souris
Toutes pourries !
Humeur sotte n°3 : Les ficelles
Et si on décomposait une fiction en une somme d’éléments basiques ? On obtiendrait une liste de personnages, de fragments d’intrigues ou de dialogues. On listerait des émotions, des détails sur le contexte de l’histoire, peut-être même une morale ou une philosophie.
Appelons ces éléments des ficelles.
Ainsi le classique The Princess Bride. On y trouve un épéiste vengeur, une princesse à sauver, un combat de l’esprit. Il y a une course poursuite, le héros est fait prisonnier et est blessé, il est amoureux, etc. etc. etc.
Quel est l’intérêt de la démarche ? Après tout, une fiction est bien plus que la somme de ses parties. Considérées séparément, ses ficelles ne nous apprennent finalement pas grand chose sur l’intérêt de l’oeuvre dans sa globalité.
C’est en fait par leur répétition d’une fiction à une autre que les ficelles deviennent intéressantes.
Prenons un exemple, avec ce truc infaillible pour prévoir si le plan d’action d’un personnage va réussir ou échouer. C’est très simple : si vous, lecteur, vous en connaissez la teneur, le plan va échouer. Si vous ne connaissez pas les détails du plan, il va réussir.
Il y a une raison à cela, et l’étude de la ficelle concernée permet de comprendre cette règle invisible, pourquoi elle est là, ce qu’elle implique et dans quel cas elle peut ne pas s’appliquer. L’auteur mettant en scène des personnages ayant un plan a tout intérêt à comprendre de quoi il en retourne, au risque d’appauvrir sa narration.
C’est en partie à cela que je pensais lors de mon humeur précédente sur le contrat auteur-lecteur.
Le lecteur, lui, s’instruit des ficelles non pas parce que c’est utile. Mais parce que c’est passionnant.
Si le sujet des ficelles vous intéresse, rendez-vous sur tvtrops.org (site anglophone), le site de référence sur les ficelles.
En bonus, le lien direct vers la ficelle sur le taux de réussite d’un plan dans une fiction.
La prochaine fois, je donnerai un autre exemple de « rupture de contrat côté auteur », en évoquant ma sainte horreur pour les facilités scénaristiques.
Portrait d’un donateur : Julenisse
Le tomte, aussi appelé nisse, est une petite créature du folklore scandinave semblable à un lutin et vivant en Suède. C’est un petit bonhomme à barbe qui vit près des humains, en harmonie avec eux. Il est le protecteur de la ferme, qu’il garde des intempéries et autres malheurs. Il lui arrive également d’aider aux travaux de la ferme eux-même.
Les hommes le remercient en lui offrant un bol de porridge et du beurre.
Mais attention, le nisse est caractériel. Gare aux humains qui lui manquent de respect ! Surtout que la créature est dotée de pouvoirs magiques.
Durant les fêtes de Noël, il distribue des cadeaux aux enfants, et se fait alors appeler Julenisse (littéralement « nisse de Noël »). Il succède à la chèvre de Yule, qui occupait cette fonction avant lui.
Humeur sotte n°2 : Le contrat
Le contrat dont je parle ici est celui qui lie l’auteur à son lecteur. Car oui, un tel contrat existe.
Diantre, un contrat ? Faut signer où ?
Nulle part, bien sûr. Ledit contrat est invisible et inodore. Je vous explique.
Pour qu’une fiction fonctionne, il faut quelqu’un pour l’écrire, et quelqu’un pour la lire, vous en conviendrez. Il y a donc deux personnes, et une relation entre les deux. Quels sont les termes de cette relation ?
D’un côté, l’auteur s’engage à rendre son œuvre crédible.
De l’autre, le lecteur s’engage à y croire.
L’auteur essai donc de mettre en scène un univers cohérent, des personnages crédibles, une histoire logique. Peu importe qu’on soit dans un créneau réaliste ou imaginaire.
Le lecteur, de son côté, donne une chance à l’histoire grâce au phénomène de suspension d’incrédulité dont je parlais la dernière fois.
Par exemple, un auteur qui fait se comporter ses personnages de façon non cohérente brise sa part du contrat. Le lecteur y va de son « Quoi ? Mais c’est n’importe quoi ! », et perd confiance en l’histoire. Personnellement, je sais que j’en suis là quand je me mets à regarder mon livre comme un objet, et non plus comme une porte sur un autre monde.
Quand au lecteur, à lui d’aborder l’intrigue avec assez d’ouverture d’esprit pour admettre les approximations de l’auteur, ses raccourcis scénaristiques, ainsi que la part d’imaginaire dans son récit. S’il n’est pas prêt à le faire, peut-être que ce livre n’est pas pour lui.
Je dois vous sembler bien dirigiste. On pourrait croire que la fiction est un espace où tout est possible. C’est vrai. Et pourtant, c’est faux.
La prochaine fois, je vous parlerai de ce « c’est faux ».
Noyade
Les Révoltés de Noël est mon premier roman publié. Mais ce n’est pas ma première publication. Celle-ci prend la forme d’une nouvelle, parue en 2012 dans une anthologie.
Rêves Froissés est une anthologie sur le thème du rêve, aux éditions HPF. Douze nouvelles, douze auteurs qui nous entrainent dans autant de mondes oniriques, terres de songe où tout est possible, le pire comme le meilleur.
Pour moi, Rêves Froissés est avant tout le réceptacle de ma première publication. J’ai écrit ma nouvelle « Noyade » à une époque où le devenir de l’appel à texte était plus qu’incertain, et j’ai eu la bonne surprise et le grand plaisir de voir ce projet se concrétiser en une publication concrète. Qui plus est, ma prose est la dernière nouvelle de l’anthologie, ce qui m’a fait super plaisir.
Sans fausse modestie, je suis très fier de « Noyade », et j’invite tout le monde à se rendre sur le site des éditions HPF pour acquérir « Rêves Froissés » et découvrir ce texte, ainsi que les onze qui le précède, et qui pour la plupart sont de très bonne facture. Mettons juste en garde le jeune lecteur que Noyade est destiné à un public adulte.
Vous pouvez vous procurer Rêves Froissés dans la boutique des éditions HPF.