Portrait d’un donateur : tante Arie

Si la Haute Savoie a son père Chalande, il nous faut nous rendre en Franche-Comté pour rencontrer tante Arie.
Par Conteurdegrandchemin — domaine publicTravail personnel, CC0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=12422734

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Franche-Comté
Bonne fée protectrice, tante Arie porte des vêtements de paysanne, et va à pied, ou chevauchant son ânesse Marion. Frileuse, elle sort généralement couverte d’épais manteaux.
Contrairement aux autres donateurs, elle ne joue jamais les croque-mitaines, et fait preuve en toutes circonstances de la plus grande bienveillance. Au pire, les enfants pas sages recevront un bonnet d’âne.
La légende dit tante Arie être la réincarnation de la comtesse Henriette de Montbéliard (1387-1444), réputée pour sa bienveillance et sa gentillesse.
La donatrice est également la patronne des jeunes filles laborieuses, qu’elle aide en amour quand elle ne leur apprend pas à filer la laine.
Bref, tout le monde tante Arie, et chante sa chanson quand par chance on la voit passer.

La chanson de tante Airie

Et comme vous êtes sages, voici une scène coupée des Révoltés de Noël (et oui, ce n’est pas que dans les films)

Le sourire aux lèvres, Tante Arie attrapa une grosse veste en laine qu’elle enfila par-dessus sa robe paysanne. Elle sortit de la grotte qui lui servait de demeure et salua Marion, son ânesse, qui l’attendait fidèlement. Elle en flatta le flanc, et lui glissa quelques mots gentils à l’oreille. Puis, femme et animal prirent la route de Montbéliard, petite commune française située en Franche-Comté.
Elle en franchit les faubourgs, et circula dans les rues de la ville au milieu des autos. Les enfants qu’elle croisait fixaient l’ânesse avec curiosité et s’amusaient de la tenue désuète de sa maîtresse. Laissant Marion sur le trottoir, Tante Arie franchit finalement la double porte d’un immeuble. Elle gravit deux étages avant de pénétrer dans un petit appartement en désordre.
« Bienvenue à vous, Tante Arie, lui dit une jeune fille.
– Bonjour Éléonore. »
Tante Arie ôta son manteau et se frotta les mains. Les traits de son visage étaient juvéniles, mais sa chevelure trahissait un âge bien plus élevé.
« Tu as abandonné ton tricot ? demanda Tante Arie en fronçant les sourcils.
– Oh, non, Tante Arie, répondit la jeune fille en mettant en ordre un nécessaire à couture. J’aimerais juste savoir à qui offrir ce pull-over.
– À ce propos… »
Éléonore releva brusquement la tête. Ses cheveux bruns étaient taillés courts. Du rouge à lèvre et du fard courraient sur son visage.
«  Pourquoi être venu me voir, Tante Arie ? demanda-t-elle, la voix teintée d’excitation.
– Pour Anatole. »
Éléonore en eu le couple soufflé.

Henriette d'Orbe
Henriette de Montbéliard
« Anatole ? Mon Anatole ?
– Tu manques juste de confiance en toi, ma petite. Si tu te donnes une chance, ton ami d’enfance t’ouvrira son cœur.
– Oh mon dieu ! fit Éléonore en mettant sa main menue sur sa bouche. Je suis tellement heureuse ! Que faut-il que je fasse ? Tante Arie, aidez-moi !
– Et bien… tu pourrais commencer par finir ton tricot. »
Surexcitée, la jeune fille se leva et se mit aussitôt à la tâche.
« Si tu n’y vois pas d’inconvénient, mon enfant, je vais maintenant te quitter.
– Oh, bien sûr, Tante Arie. Au fait, il y a mon amie Christelle. Elle se sent seule en ce moment et…
– Malheureusement, elle devra attendre. Je suis sur le départ. »
Éléonore leva sur son invitée un regard étonné.
« Vous, Tante Arie ? Vous partez en voyage ?
– Je me rends là où il fait froid, dit Tante Arie en grelottant à cette seule idée. Des amis sont en passe de se chercher querelle. Quelqu’un doit veiller sur eux. »

Portrait d’un donateur : la Befana

En Italie, ce n’est rien de moins qu’une sorcière qui se charge de distribuer les cadeaux.

Peinture de James Lewicki

Elle fait sa distribution le 6 Janvier, passant de cheminée en cheminée en volant sur son balai. Elle offre généreusement des bonbons aux enfants sages, mais attention, les chenapans n’auront que du charbon.

Je laisse le père Chalande vous raconter son histoire.

« Il y a deux-mille ans, la Befana croisa la route des rois mages qui se rendaient auprès de Jésus. Les trois savants lui demandèrent de les guider à Bethléem, ce qu’elle refusa tout d’abord. Elle changea aussitôt d’avis, mais ne parvint à retrouver la trace de leur caravane qu’à destination. Hélas, une fois arrivée là-bas, Saint Nicolas renvoya la sorcière qu’elle était, si bien qu’elle ne put jamais faire d’offrande à Jésus. Le regret la pousse depuis à distribuer des cadeaux aux enfants. »

Humeur sotte n°4 : Trop facile. Oui, vraiment trop.

D’un côté, il y a les raccourcis scénaristiques.
Les raccourcis scénaristiques, c’est bien. Je n’ai pas besoin qu’on me donne les détails d’un long voyage, si l’action commence à l’arrivée. Une adolescence ne m’intéresse pas, si le sujet porte sur comment un adulte gère ses peurs enfantines. Le raccourci scénaristique peut aussi prendre la forme d’une coïncidence, ou d’une explication scientifique bouche trou. L’enjeu est ici de ne pas disperser l’attention du lecteur dans des narrations sans importance. L’histoire a parfois besoin qu’on passe vite sur certains détails, c’est une question de rythme.
D’un autre côté, il y a les facilités scénaristiques.
D’un premier abord, celles-ci ressemblent à des raccourcis. Un honnête passant sort un pistolet de sa poche et tire dans la foule. Le bonhomme n’a aucun passé criminel, il a juste pété un plomb. D’où sort-il son arme ? Il y a là une histoire à raconter, que je ne peux pas deviner en tant que lecteur. Et c’est important, parce que toute l’histoire va en dépendre. Ça laisse un trou narratif, ou une incohérence, et ça ce n’est pas bien. J’y vois une attitude laxiste de l’auteur, qui ne fait pas le nécessaire pour proposer une histoire complète.
Au chapitre des facilités scénaristiques, citons aussi le classique deus ex machina (résolution arbitraire d’un conflit par l’auteur), ou la ficelle de la prophétie (l’élu de la prophétie est placé sans effort au centre de l’histoire).
La prochaine fois, je vous parlerai du test de Bechdel, et de l’importance de la mixité dans les oeuvres de fiction.

Portrait d’un donateur : le père Chalande

Vieil homme à la barbe de paille, le père Chalande roule sa bosse en Haute Savoie. Précurseur d’une pratique qui a inspiré un autre personnage, il passe par la cheminer des maisons pour gâter les enfants à Noël. Ceux-ci le remercie en lui chantant une chanson :

Chalande est venu
Son chapeau pointu
Sa barbe de paille
Cassons les anailles (noisettes)
Mangeons du pain blanc
Jusqu’à Nouvel An.
Il monte dans sa chambre
Il trouve une orange
Il la pluche
Il la mange
Par Original map: Sting, modifications by Wikialine — File:France location map-Departements.svg, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=7866010On l’appelle le petit gourmand.
Il descend les escaliers
Il se casse le bout du nez
Il va chez le cordonnier
Se faire mettre une pièce au nez
Quand il est malade
Il mange de la salade
Quand il est guéri
Il mange des souris
Toutes pourries !

Humeur sotte n°3 : Les ficelles

Et si on décomposait une fiction en une somme d’éléments basiques ? On obtiendrait une liste de personnages, de fragments d’intrigues ou de dialogues. On listerait des émotions, des détails sur le contexte de l’histoire, peut-être même une morale ou une philosophie.
Appelons ces éléments des ficelles.
Ainsi le classique The Princess Bride. On y trouve un épéiste vengeur, une princesse à sauver, un combat de l’esprit. Il y a une course poursuite, le héros est fait prisonnier et est blessé, il est amoureux, etc. etc. etc.
Quel est l’intérêt de la démarche ? Après tout, une fiction est bien plus que la somme de ses parties. Considérées séparément, ses ficelles ne nous apprennent finalement pas grand chose sur l’intérêt de l’oeuvre dans sa globalité.
C’est en fait par leur répétition d’une fiction à une autre que les ficelles deviennent intéressantes.
Prenons un exemple, avec ce truc infaillible pour prévoir si le plan d’action d’un personnage va réussir ou échouer. C’est très simple : si vous, lecteur, vous en connaissez la teneur, le plan va échouer. Si vous ne connaissez pas les détails du plan, il va réussir.
Il y a une raison à cela, et l’étude de la ficelle concernée permet de comprendre cette règle invisible, pourquoi elle est là, ce qu’elle implique et dans quel cas elle peut ne pas s’appliquer. L’auteur mettant en scène des personnages ayant un plan a tout intérêt à comprendre de quoi il en retourne, au risque d’appauvrir sa narration.
C’est en partie à cela que je pensais lors de mon humeur précédente sur le contrat auteur-lecteur.
Le lecteur, lui, s’instruit des ficelles non pas parce que c’est utile. Mais parce que c’est passionnant.

Si le sujet des ficelles vous intéresse, rendez-vous sur tvtrops.org (site anglophone), le site de référence sur les ficelles.
En bonus, le lien direct vers la ficelle sur le taux de réussite d’un plan dans une fiction.

La prochaine fois, je donnerai un autre exemple de « rupture de contrat côté auteur », en évoquant ma sainte horreur pour les facilités scénaristiques.

Portrait d’un donateur : Julenisse

Par NuclearVacuum — File:Location European nation states.svgCette image vectorielle a été créée avec Inkscape., CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=8105263Le tomte, aussi appelé nisse, est une petite créature du folklore scandinave semblable à un lutin et vivant en Suède. C’est un petit bonhomme à barbe qui vit près des humains, en harmonie avec eux. Il est le protecteur de la ferme, qu’il garde des intempéries et autres malheurs. Il lui arrive également d’aider aux travaux de la ferme eux-même.
Les hommes le remercient en lui offrant un bol de porridge et du beurre.
Mais attention, le nisse est caractériel. Gare aux humains qui lui manquent de respect ! Surtout que la créature est dotée de pouvoirs magiques.
Durant les fêtes de Noël, il distribue des cadeaux aux enfants, et se fait alors appeler Julenisse (littéralement « nisse de Noël »). Il succède à la chèvre de Yule, qui occupait cette fonction avant lui.

Julenisse et Yule, par Jenny Nystrom
Dans le livre Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson à travers la Suède, le jeune Nils tourmente les animaux de la ferme, et se fait punir par le tomte en se faisant réduire à la taille d’une poupée.

Humeur sotte n°2 : Le contrat

Le contrat dont je parle ici est celui qui lie l’auteur à son lecteur. Car oui, un tel contrat existe.
Diantre, un contrat ? Faut signer où ?
Nulle part, bien sûr. Ledit contrat est invisible et inodore. Je vous explique.
Pour qu’une fiction fonctionne, il faut quelqu’un pour l’écrire, et quelqu’un pour la lire, vous en conviendrez. Il y a donc deux personnes, et une relation entre les deux. Quels sont les termes de cette relation ?
D’un côté, l’auteur s’engage à rendre son œuvre crédible.
De l’autre, le lecteur s’engage à y croire.
L’auteur essai donc de mettre en scène un univers cohérent, des personnages crédibles, une histoire logique. Peu importe qu’on soit dans un créneau réaliste ou imaginaire.
Le lecteur, de son côté, donne une chance à l’histoire grâce au phénomène de suspension d’incrédulité dont je parlais la dernière fois.
Par exemple, un auteur qui fait se comporter ses personnages de façon non cohérente brise sa part du contrat. Le lecteur y va de son « Quoi ? Mais c’est n’importe quoi ! », et perd confiance en l’histoire. Personnellement, je sais que j’en suis là quand je me mets à regarder mon livre comme un objet, et non plus comme une porte sur un autre monde.
Quand au lecteur, à lui d’aborder l’intrigue avec assez d’ouverture d’esprit pour admettre les approximations de l’auteur, ses raccourcis scénaristiques, ainsi que la part d’imaginaire dans son récit. S’il n’est pas prêt à le faire, peut-être que ce livre n’est pas pour lui.
Je dois vous sembler bien dirigiste. On pourrait croire que la fiction est un espace où tout est possible. C’est vrai. Et pourtant, c’est faux.
La prochaine fois, je vous parlerai de ce « c’est faux ».